dimanche 8 mars 2026

BONABERI : UNE INVASION À DOMICILE

ENQUÊTE · INSALUBRITÉ URBAINE · COMMUNE DE BONABERI · DIRECT INFOS

"Dans les 41 quartiers de Bonaberi, les ordures ont pris possession de l'espace public. Marchés, carrefours, trottoirs, artères principales : le constat est le même partout. Retour sur une dégradation progressive, ses causes et ses conséquences sur les habitants."

Direct Infos · Reportage · Terrain · Mars 2026

Un marché d'où s'échappe une odeur âcre avant même que l'on en aperçoive l'enseigne. Un trottoir que les piétons ont déserté, laissant la place aux déchets qui débordent désormais sur la chaussée. Un point de décharge improvisé qui a poussé spontanément devant une enseigne médicale, en pleine voie publique. Ces scènes ne sont pas isolées à Bonaberi. Elles composent, quartier après quartier, le visage ordinaire d'une ville que ses habitants décrivent comme asphyxiée par ses propres déchets.

La commune de Bonaberi compte aujourd'hui 41 quartiers et plusieurs centaines de milliers d'habitants. Depuis plusieurs années, les résidents observent une dégradation continue de la gestion des ordures ménagères et des déchets de marché. Aucun système de collecte journalière n'a, selon les témoignages recueillis sur place, été mis en place par la municipalité. Aucun point de collecte officiel n'a été aménagé dans les quartiers.

CE QUE LE TERRAIN RÉVÈLE

L'entrée Nanga, un peu avant le cimetière, concentre l'un des foyers les plus visibles. Des déchets de toute nature — détritus ménagers, restes alimentaires, emballages — disputent la voie aux véhicules et aux passants. Les piétons ont depuis longtemps abandonné le trottoir. Les mouches y forment des essaims denses. L'odeur, nauséabonde selon les riverains interrogés, est perceptible à plusieurs dizaines de mètres à la ronde.

📍 Principaux foyers d'insalubrité identifiés sur le terrain :

  • Marché Mabanda — Débordement de déchets sur la voie publique. Un point de décharge non officiel s'est constitué spontanément devant une entreprise du secteur médical, en pleine chaussée.
  • Entrée Nanga — Accumulation massive de déchets sur le trottoir longeant le cimetière. Présence de mouches en nuées, odeurs signalées par les riverains. Trottoir impraticable — les piétons sont repoussés sur la route.
  • Gare routière — Déchets visibles aux abords immédiats du principal nœud de transport de la commune, fréquenté quotidiennement par des milliers de personnes.
  • Grand Hangar · Marché du Rail — Deux marchés structurants de la vie économique locale présentent des accumulations importantes de déchets, sans dispositif de collecte régulière apparent.
  • Centre équestre · Bonamikano · Bonambappe — Des quartiers autrefois décrits comme résidentiels par leurs habitants présentent désormais les mêmes niveaux d'insalubrité que les zones commerciales ou populaires.

Ce qui frappe les résidents de longue date, c'est l'uniformité du phénomène. Quartiers commerçants, zones résidentielles, artères principales, ruelles secondaires : la dégradation ne suit plus de logique géographique. Elle s'est généralisée à l'ensemble des 41 quartiers de la commune.

« Tous les 41 quartiers de cette ville regorgent d'ordures. Plus un pas sans ordures. Le spectacle est alarmant. »
— Habitant de Bonaberi, cadre au sein de la mairie, témoignage recueilli sur place par Direct Infos

UNE DÉGRADATION SUR LA DURÉE : RETOUR SUR LES MANDATS

Pour comprendre la situation actuelle, les habitants de Bonaberi établissent systématiquement une comparaison avec les mandats précédents. Leurs témoignages convergent vers le même constat : la dégradation s'est accélérée et approfondie sous le mandat en cours.

Mandats antérieurs — Gabriel Fandja · John Kumase · Koum Frédéric
Les anciens maires de Bonaberi sont évoqués par les résidents non comme des modèles d'excellence en matière de propreté urbaine, mais comme des gestionnaires qui n'ont pas laissé la situation atteindre son niveau actuel. La commune figurait parfois dans les comparaisons défavorables au sein de Douala — mais jamais dans les termes employés aujourd'hui par ses habitants.

Mandat en cours — Commune créée sous Baba Tanko
Selon les témoignages recueillis, aucun point de collecte officiel n'a été créé depuis le début du mandat, et aucune collecte journalière ou périodique n'a été organisée. Les dépotoirs sauvages se sont multipliés sans réponse institutionnelle visible. Plusieurs habitants décrivent un changement de nature, et non plus seulement de degré.

« De Gabriel Fandja en passant par John Kumase ou encore Koum Frédéric, aucun maire n'a laissé prospérer une telle saleté. Nous n'avons plus de quartier de classe moyenne. »
— Habitant de longue date et cadre de la mairie de Bonaberi

« Aucune action de la mairie n'a créé des points de collecte ou envisagé une collecte journalière, jusqu'à ce que la situation soit ce qu'elle est aujourd'hui. »

UNE MENACE SANITAIRE DOCUMENTÉE

Au-delà de la nuisance visuelle et olfactive, l'accumulation prolongée de déchets en zone urbaine dense génère des risques sanitaires mesurables. Les eaux stagnantes qui s'accumulent dans les détritus constituent des gîtes larvaires pour les moustiques, vecteurs du paludisme — première cause de mortalité au Cameroun. Les mouches observées à l'entrée Nanga ou aux abords du marché Mabanda sont des vecteurs potentiels de maladies diarrhéiques et de typhoïde.

La présence d'un dépotoir spontané directement devant une structure de santé — comme c'est le cas au marché Mabanda — constitue une situation que les habitants de la zone qualifient d'absurde : les conditions environnementales dégradent la santé des populations qui viennent précisément s'y faire soigner.

LA MAIRIE FACE À SES RESPONSABILITÉS

⚠ Droit de réponse — Sollicitation de la mairie
Direct Infos a contacté le service d'hygiène de la mairie de Bonaberi dans le cadre de ce reportage. Le service a refusé de répondre à nos questions. Aucune communication officielle concernant un plan de gestion des déchets, un contrat de collecte en cours ou un calendrier d'aménagement de points de collecte n'a pu être obtenue. La mairie de Bonaberi dispose d'un droit de réponse, que nous publierons intégralement si elle souhaite y donner suite.

Sur le terrain, des habitants — commerçants, résidents, usagers des rues — décrivent unanimement une commune livrée à elle-même sur la question des déchets. Certains ont cessé d'attendre une réponse institutionnelle et organisent, à l'échelle de leur rue ou de leur immeuble, des solutions ponctuelles d'évacuation. Ces initiatives restent non coordonnées et ne se substituent pas à un système municipal structuré.

La commune de Bonaberi est l'un des territoires urbains les plus peuplés de Douala. Sa gestion en matière de cadre de vie et de salubrité publique constitue un enjeu qui intéresse directement ses centaines de milliers d'habitants — et qui, à l'approche des échéances électorales, s'impose naturellement dans le débat public local.

© Direct Infos · Douala, Cameroun · Mars 2026 · Diffusion autorisée avec mention de la source

#BonaberiPropre · #InvasionADomicile · #DirectInfos

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