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| Clément Beaune |
La proposition de Clément Beaune d'imposer un "bouclier" de 30 % révèle une amère réalité : vingt ans d'idéologie libre-échangiste ont laissé l'industrie du Vieux Continent à découvert.
La proposition sonne comme un cri d'alarme dans le silence feutré des chancelleries européennes. En suggérant l’imposition de 30 % de droits de douane sur les produits chinois, Clément Beaune ne propose pas seulement un outil technique ; il signe l'acte de décès d'une certaine idée de la mondialisation "heureuse" au sein de l'Union européenne.
Le constat dressé par le Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan est sans appel : un quart des exportations françaises et, plus vertigineux encore, deux tiers de l’appareil productif allemand sont désormais en première ligne face au rouleau compresseur industriel de Pékin.
Une Europe ouverte, mais désarmée
Pendant deux décennies, Bruxelles a érigé le multilatéralisme en dogme, là où Pékin pratiquait le réalisme économique le plus pur. Tandis que l’Europe fragmentait ses politiques industrielles entre 27 capitales jalouses de leurs prérogatives, la Chine planifiait sa domination sur 30 ans, sécurisant ses chaînes de valeur et subventionnant ses futurs champions.
Le fossé des modèles
La confrontation actuelle n'est pas qu'une simple dispute tarifaire ; c'est le choc frontal entre deux visions du monde. D'un côté, une Union réactive, qui soumet ses entreprises à des normes environnementales et de concurrence parmi les plus strictes au monde sans leur offrir de protection équivalente à ses frontières. De l'autre, un État-stratège qui considère l'industrie comme le pilier central de sa souveraineté nationale.
Le Bilan de l'Exposition
- Production industrielle allemande exposée : 66%
- Exportations françaises menacées : 25%
- Droits de douane proposés (Bouclier Beaune) : 30%
- Durée de la dépendance structurelle accumulée : 20 ans
Des murs sans fondations ?
L’imposition brutale de droits de douane élevés, si elle n'est pas accompagnée d'une véritable révolution de la gouvernance industrielle européenne, risque de n'être qu'un remède de court terme. Sans investissements massifs et sans rupture avec l'orthodoxie budgétaire, l'Europe s'expose à des représailles chinoises d'une ampleur inédite, tout en pénalisant ses propres consommateurs.
Ce tournant, bien que tardif, est révélateur. Il confirme que la "souveraineté économique" n'est plus un slogan de campagne, mais une nécessité de survie. Mais pour une Chine qui pense en termes de siècles et de puissance, l'Europe doit apprendre à faire plus que simplement édicter des règles : elle doit redevenir un acteur capable d'anticiper le monde tel qu'il est, et non tel qu'elle voudrait qu'il soit.

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